Service de Neurologie
et d'Explorations Neurologiques

Hôpital de Carcassonne, Aude, France.


Centre Hospitalier Antoine Gayraud
11890 Carcassonne cedex


Sodium, potassium, hypertension et maladies cardiovasculaires.

L'hypertension artérielle touche en France près de 7 millions de personnes et représente la dépense de santé numéro 1 avec plus de 7 milliards de médicaments anti-hypertenseurs vendus par an. La fréquence de l'hypertension n'est pas constante dans l'ensemble de la population, elle augmente de manière caractéristique avec l'âge pour atteindre plus de 40 % des individus après 70 ans. Les résultats thérapeutiques sont désastreux avec moins de 50 % des hypertensions dépistées, et moins de 20 % des hypertensions traitées normalisées malgré le fait que plus de 70 % des hypertensions dépistées soient traitées. Une très grande proportion des hypertendus reste ainsi avec une pression artérielle trop élevée et est exposée aux infarctus du myocarde et accidents vasculaires cérébraux. Il existe en effet une relation exponentielle entre le niveau de pression artérielle et le risque de développer une maladie cardio-vasculaire : 10 fois plus de risques pour une pression augmentant de 125/75 à 175/105 mm de mercure. Il est important de noter que cette relation entre la survenue des maladies cardio-vasculaires et le niveau de pression artérielle s'étend bien en dessous des 140/90 mm de mercure qui définissent de manière arbitraire l'hypertension. Ainsi c'est en réalité au moins 15 millions de français qui ont une pression artérielle trop élevée et auraient grand intérêt à la faire baisser. À défaut de prendre des mesures, il faut alors accepter les 300 à 400 000 accidents cardio-vasculaires et 100 à 150 000 décès qui surviennent chaque année en France et dont un bon tiers peut être relié directement à l'hypertension.

Face à ce constat, on peut se demander si l'apparition de l'hypertension artérielle avec l'âge ne peut pas être prévenue. La comparaison des populations industrialisées (Londres, Paris) avec des populations non industrialisées (Amazonie, Afrique, Bornéo) fournie un début de réponse en montrant clairement que l'hypertension ne fait pas obligatoirement partie du processus de vieillissement. Il est en effet frappant de constater que ces populations non industrialisées réparties sur les cinq continents, et donc génétiquement non apparentées, ne connaissent ni l'hypertension ni les maladies cardio-vasculaires. Cela suggère fortement qu'un ou plusieurs facteurs environnementaux sont à l'origine du développement de l'hypertension dans les populations industrialisées. Ces facteurs expliqueraient également pourquoi les individus des populations non industrialisées qui émigrent vers les populations industrialisées deviennent rapidement hypertendus tout comme les individus ayant toujours vécu dans ces populations. Parmi les nombreux facteurs environnementaux différenciant les populations hypertendues de celles qui ne le sont pas, trois seulement se retrouvent constamment pointés du doigt : un excès de calories aboutissant à une surcharge pondérale, une consommation trop importante de sodium et une consommation trop faible de potassium. Tous les autres facteurs comme l'alcool, le tabac, le stress ou la sédentarité sont beaucoup moins systématiquement associés aux populations hypertendues.

Il y a 4500 ans, un médecin chinois notait déjà : " si trop de sel est ajouté aux aliments, le pouls durcit.....". De nos jours, c'est souvent en favorisant la perte de sodium dans les urines à l'aide de diurétiques que les médecins font baisser la pression artérielle des hypertendus ou évitent la survenue d'-dème pulmonaire chez les personnes souffrant d'insuffisance cardiaque. La relation entre consommation excessive de sel et hypertension n'est donc pas neuve bien que ce ne soit que relativement récemment qu'elle a pu être quantifiée. L'étude descriptive la plus complète à ce jour (INTERSALT), qui a comparé plus de 10 000 hommes et femmes appartenant à 52 populations réparties dans 32 pays, montre qu'une différence de 2,3 g dans l'apport journalier de sodium est associée à une différence de pression artérielle de 4,5/1,5 mm de mercure. Les études d'intervention qui visent à contrôler la consommation journalière de sodium montrent de leur côté qu'une réduction à court terme (quelques semaines) de l'apport en sodium se traduit par des diminutions de pression allant de 1,8/0,8 chez les personnes non hypertendues à 5,4/3,2 mm de mercure chez les hypertendus. À plus long terme (6 mois), la réduction de l'apport alimentaire en sodium, tout comme la réduction du poids corporel, produit une diminution de pression artérielle atteignant 5,6/5,0 mm de mercure.

Il faut savoir que ce type d'intervention est parfaitement efficace chez les personnes âgées. Ainsi, chez 875 personnes âgées de 60 à 80 ans à qui l'on a demandé de réduire l'apport en sodium, de perdre du poids, ou les deux en même temps, on observe après 29 mois une diminution de 30 (apport en sodium ou poids réduit) à 50 % (apport en sodium et poids réduits) dans le risque de voir augmenter la pression artérielle, de prescription d'un médicament anti-hypertenseur, ou de survenue d'un accident cardio-vasculaire. L'effet du sodium sur la pression artérielle est réversible comme le montre une expérience très suggestive réalisée chez le chimpanzé qui est l'animal le plus proche génétiquement de l'homme. La pression de ces animaux a en effet augmentée de 33/10 mm de mercure après 20 mois d'un régime riche en sodium mais est revenue à la normale 6 mois après l'arrêt du régime. Les arguments en faveur de la relation entre consommation excessive de sodium et hypertension sont donc clairs et la question est maintenant de savoir comment faire pour les traduire en terme de santé publique. L'affaire est loin d'être évidente car le problème n'est pas directement entre les mains des consommateurs qui sont quasiment dans l'impossibilité de contrôler l'apport en sodium qui leur est imposé par les industries agroalimentaires. Et il faut savoir que l'agroalimentaire représente la première activité économique des pays industrialisés comme la France et que ces industries réalisent d'énormes profits grâce à l'ajout massif de sel dans les aliments.

La consommation de potassium est également associée au niveau de pression artérielle mais de manière inverse à celle du sodium, plus l'apport de potassium est bas, plus le niveau de pression artérielle est élevé. L'étude INTERSALT montre qu'une différence de 2 g dans l'apport quotidien en potassium est associée à une différence de pression de 3,5/2,0 mm de mercure. De même, les études d'intervention indiquent qu'une augmentation de 2 g de l'apport en potassium réduit la pression artérielle de 3/2 mm de mercure. Cet effet est plus important chez les hypertendus que chez les personnes non hypertendues et est également d'autant plus marqué que l'apport alimentaire en sodium est élevé. Chacun d'entre nous a directement la possibilité d'augmenter son apport de potassium en consommant des aliments qui en contiennent de grandes quantités (par exemple certains fruits et légumes). Ces aliments apportent du potassium sous forme de sels organiques (phosphate, citrate, bicarbonate) qui semblent avoir, en plus de l'effet anti-hypertenseur, d'autres effets protecteurs contre les accidents vasculaires cérébraux, l'ostéoporose et la formation des calculs rénaux. Ce qui n'est pas le cas du chlorure de potassium qui se trouve dans les suppléments médicamenteux et dans certains sels de substitution et dont l'intérêt se limite à l'effet anti-hypertenseur.

En conclusion, il est certain que, quel que soit l'âge, une consommation réduite en sodium et augmentée en potassium a un intérêt majeur dans la prévention de l'hypertension et des maladies cardio-vasculaires qui restent le problème de santé publique numéro 1 en France. Il reste maintenant à informer la population via les médias et l'école pour que celle-ci puisse modifier son comportement vis à vis du potassium et faire pression sur les responsables politiques et sur les industriels pour le problème du sodium.

Pr Pierre Meneton - Colloque Alimentation et Vieillissement (APRIFEL) - Novembre 1999 - INSERM U367 – Paris

NOTE IMPORTANTE :

Cet article est tiré du site :
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