Service de Neurologie
et d'Explorations Neurologiques

Hôpital de Carcassonne, Aude, France.


Centre Hospitalier Antoine Gayraud
11890 Carcassonne cedex

Rôle bénéfique des fruits et légumes sur les maladies cardiovasculaires : de nouvelles preuves

Une vaste enquête, menée chez plus de 9000 sujets pendant près de 20 ans, confirme les effets protecteurs d’une consommation fréquente de fruits et de légumes sur la mortalité cardiovasculaire..

Si les études d’observation sont en faveur d’un rôle protecteur des fruits et des légumes sur les maladies cardiovasculaires, les résultats des rares études d’intervention réalisées sur ce thème sont moins constants... A l’heure où il existe un fort consensus international pour augmenter la consommation de fruits et de légumes, il est d’autant plus nécessaire d’évaluer précisément la relation entre la consommation de ces aliments et les pathologies cardiovasculaires. Une remarquable étude américaine, récemment publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition, vient apporter des éléments déterminants en faveur du rôle bénéfique des fruits et des légumes sur le risque cardiovasculaire.

9000 sujets suivis pendant 20 ans...

Lydia Bazzano et ses collaborateurs, de l’Université de Tulane en Nouvelle Orleans, ont examiné les données alimentaires et démographiques de 9608 participants à l’étude prospective américaine NHANES I (National Health And Nutrition Examination Survey). Il s’agissait d’une population variée puisque les sujets étaient âgés de 25 à 74 ans lorsqu’ils sont entrés dans l’étude entre 1971 et 1975. En outre, ils ne présentaient pas de pathologie cardiovasculaire.
Leur consommation de fruits et de légumes (sous toutes leurs formes : crus, cuits, frais, en conserve, surgelés, en jus) a été régulièrement évaluée au cours des 19 années de suivi, entre 1971 et 1992. Pour ce faire, on a utilisé des questionnaires de fréquence de consommation alimentaire sur 3 mois, couplés à des rappels de 24 heures. Cette consommation a permis de séparer les sujets en deux groupes : ceux qui consommaient des fruits et des légumes au moins 3 fois par jour (groupe _ 3) et ceux qui en consommaient moins d’une fois par jour (groupe < 1).
Outre des informations cliniques et biologiques, on a collecté des données concernant les autres types d’aliments consommés, le niveau d’éducation, l’activité physique, la consommation d’alcool et de tabac. Ce suivi de près de 20 ans a permis d’analyser les données concernant l’incidence et la mortalité des maladies cardiovasculaires et des AVC, ainsi que la mortalité globale. Cela valait la peine car les résultats sont particulièrement parlants !

Une mortalité cumulée diminuée..

Première constatation : la mortalité cumulée ajustée à l’âge (que ce soit par cardiopathie ischémique, AVC, maladie cardiovasculaire ou la mortalité globale) est inversement proportionnelle à la fréquence quotidienne de consommation de fruits et de légumes. Idem pour l’incidence des AVC et des cardiopathies ischémiques.

Une réduction du risque d’AVC de 27 % et de mortalité par AVC de 42 %

Autre donnée fondamentale : après ajustement sur l’âge, la race,
le sexe, les antécédents de diabète, l’activité physique, le niveau d’éducation, l’alcool, le tabac, la prise de compléments vitaminiques et l’apport énergétique total, le groupe “_3” avait une incidence d’AVC réduite de 27 % par rapport au groupe <1 (Risque Relatif : 0.73). De même, la mortalité par AVC était réduite de 42 % (RR : 0.58). Cet avantage se retrouvait au niveau de la mortalité cardiovasculaire avec une réduction de 27 % (RR : 0.73) et de la mortalité globale qui était réduite de 15 %. Ces résultats favorables se maintenaient après pondération par des facteurs de risque cardiovasculaire comme le niveau de cholestérol, la tension artérielle systolique et l’Indice de Masse Corporelle.

Une population représentative

Cette importante étude confirme donc le rôle bénéfique des fruits et des légumes sur les pathologies cardiovasculaires et les AVC. Ses résultats sont en accord avec ceux d’autres études prospectives, comme la “Nurse Health Study” et la “Health professionnal follow up study”, qui ont révélé que les sujets consommant plus de 5 portions de fruits et légumes par jour avaient un risque relatif d’AVC réduit de 31 % et de cardiopathie ischémique diminué de 20 %. Elle a cependant d’autres intérêts. Elle porte sur une vaste cohorte (plus de 9000 sujets) sans doute plus représentative de la population générale dans ses habitudes alimentaires que celles des études précédentes. En outre, elle ne se borne pas à étudier la relation entre la consommation de fruits et légumes et la seule incidence des AVC ou des cardiopathies ischémiques. Elle élargit ses résultats à la mortalité cardiovasculaire et par AVC et à la mortalité toutes causes confondues.

Les 300 grammes qui font la différence...

L’augmentation de la consommation des fruits et de légumes ne fait aucun doute en terme de bénéfice pour la santé de nos artères.
Les auteurs évaluent que la réduction de 27 % de la mortalité cardiovasculaire entre les deux groupes correspond à une différence de consommation d’à peine 300 grammes de fruits et légumes par jour... Quant à savoir à quoi cela équivaut en terme de micronutriments, la question reste posée... Certes, les fruits et les légumes sont riches en potassium, en antioxydants divers et en acide folique... Tous ces composés peuvent exercer des effets protecteurs sur le système cardiovasculaire.
Mais il faut compter, comme le soulignent les auteurs en conclusion, avec la complexité de composition des végétaux. C’est elle qui est vraisemblablement à l’origine des effets synergiques et bénéfiques de ces micronutriments irremplaçables. On y revient toujours...

D’après : Bazzaro L. A. et al, Am J Clin Nutr 2002 ; 76 : 93-9

Dr Thierry Gibault - - Septembre 2002
Endocrinologue / Nutritionniste

NOTE IMPORTANTE :

Cet article est tiré du site :

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